Texte de présentation

Si le numérique traverse actuellement quasiment tous les secteurs d’activités, du travail aux loisirs, pour s’étendre au domaine de la culture, il a été très tôt investi et exploré par les artistes. Dès les années 60, les expérimentations de ce qu’on appelait les machines cybernétiques puis, plus tard, les machines à communiquer, ont été menées par les artistes. L’informatique, qu’on préférait au terme numérique, n’était pas encore identifiée à la révolution ni non plus comme l’une de ses premières marches. De telles machines ont ainsi excité la curiosité comme l’imaginaire des artistes.

L’exposition dévoilera les questionnements de quelques artistes et certains de leurs dispositifs qui y répondent ; elle montrera alors que ce sont moins les images, les sons ou les textes qui mobilisent leur intérêt que la relation et les échanges ; des relations auxquelles ils donnent forme comme le souligne Jean-Louis Boissier. Ce travail sur la relation qu’autorisent les technologies informatiques et qui marque la singularité de l’art dit numérique n’empêche pas que certains artistes s’y soient très tôt intéressés sans pour autant explorer ces mêmes technologies.

Tel est le fil qui soutient le propos de l’exposition à travers une sélection d’œuvres. À la fonction critique d’une telle mise en perspective des œuvres s’ajoutent les vertus heuristiques de ces pratiques artistes parce que celles-ci pensent en les montrant certains des enjeux liés au développement et à l’omniprésence des technologies informatiques, quand ne font pas philosophie, comme l’écrit, Anne Cauquelin.

Une telle mise en récit nécessairement orientée dévoile enfin l’importance, dès les années 70, de certains lieux propices à ces expérimentations, et en particulier du centre expérimental de Vincennes. Des lieux qui ont favorisé ces dernières en les inscrivant dans un temps long, lequel temps les a préservées des effets de mode et les a éloignées de la logique souvent agressive de l’offre et de la demande. Des lieux dans lesquels des filiations esthétiques se sont construites peu à peu et qui ont ensuite essaimé un peu partout à travers le monde occidental.

La mise en situation des œuvres sera aussi l’occasion de moments de résonnance avec les inventions telles qu’elles sont mises en scène, au sein du musée des Arts & Métiers. Les œuvres présentées font ainsi écho au phonographe, à la photographie, au télégraphe de Chappe ou encore à la mise en œuvre des réseaux de télécommunication.